Spider-Man a toujours changé de costume. C'est même devenu l'un des plaisirs les plus méthodiquement exploités par ses adaptations vidéoludiques. La dernière mise à jour PC de Marvel's Spider-Man 2 pousse cependant l'idée un peu plus loin : Peter Parker ne visite plus seulement son propre passé, il emprunte désormais les vêtements d'autres productions Marvel contemporaines.

Depuis le 28 juillet, le jeu d'Insomniac propose ainsi le Fresh Start Suit inspiré de Spider-Man: Brand New Day et le MARVEL Tōkon: Fighting Souls Suit. Le 11 août, Nixxes a encore retouché Fresh Start à partir des retours des joueurs.

Le costume devient un outil de circulation entre les œuvres

Le cas Brand New Day est le plus évident. Une création associée au cinéma entre dans un jeu vidéo déjà installé, sans nécessiter d'adaptation complète ni même de nouveau contenu narratif. Le costume suffit à établir la connexion.

C'est une forme de circulation particulièrement efficace pour Spider-Man, personnage dont l'identité visuelle repose à la fois sur une silhouette extrêmement stable et sur d'innombrables variations. On peut modifier les matières, les yeux, les motifs ou les proportions tout en conservant immédiatement la reconnaissance du héros.

Le jeu d'Insomniac fonctionne alors presque comme une galerie où plusieurs interprétations industrielles du même personnage peuvent cohabiter. Peter reste celui de Marvel's Spider-Man 2, mais son apparence peut momentanément appartenir à une autre production.

Tōkon rend le passage encore plus visible

Le costume MARVEL Tōkon: Fighting Souls rend ce phénomène encore plus intéressant parce que le déplacement se fait cette fois entre deux jeux vidéo qui ne partagent pas la même direction artistique.

L'esthétique de Tōkon est immédiatement plus graphique et stylisée. Transposée dans le New York relativement réaliste d'Insomniac, elle produit volontairement un décalage. Ce contraste rappelle que Spider-Man n'est pas seulement un personnage que plusieurs studios utilisent : c'est aussi une silhouette que chacun peut redessiner selon son propre langage visuel.

Un Spider-Man de plus en plus transversal

Ces costumes ne changent évidemment pas le scénario de Marvel's Spider-Man 2. Ils ne transforment pas davantage ses combats ou ses déplacements. Leur fonction est culturelle avant d'être mécanique : faire reconnaître une autre version du personnage et permettre au joueur de l'incarner.

Cette stratégie fonctionne d'autant mieux que le jeu d'Insomniac possède déjà un vestiaire construit comme une archive de la franchise. Ajouter des références contemporaines à Brand New Day et Tōkon revient simplement à continuer d'alimenter cette archive presque en temps réel.

Le résultat dit quelque chose de la place actuelle de Spider-Man dans la culture populaire. Le personnage ne passe plus proprement des comics au cinéma puis du cinéma au jeu vidéo. Ses différentes incarnations se répondent désormais simultanément. Un costume naît dans une œuvre, apparaît dans une autre, est réinterprété par un troisième studio, puis revient sous une nouvelle forme.

Deux skins ne constituent pas une révolution industrielle. Mais ils offrent une petite démonstration très lisible de la manière dont Marvel fait aujourd'hui circuler ses figures les plus reconnaissables : moins comme des adaptations isolées que comme des versions parallèles capables de se citer mutuellement.